Thursday, January 12, 2012

Genèse 1 - 2 : Petite étude comparative



Pourquoi 2 récits différents pour un événement unique, la création du monde ? Pierre Gibert réfléchit sur la particularité que "deux récits rapportent en termes différents, voire opposés, un événement par définition unique"[1]. Pour l'auteur, cette constatation n'a pas été appréciée à sa juste valeur, puisque le caractère absolument originel de la création ne saurait provoquer plus d'un récit. Pourquoi deux récits différents pour un évènement unique ?

Beaucoup de personnes s'ingénient à neutraliser les différences et à ne souligner que les ressemblances, au risque de se priver de la richesse des textes. Bien sûr, il y a des ressemblances entre les 2 récits: La création du monde par Dieu (Ge 1.1 et 2.4b); la stérilité du monde avant la création (Ge 1.2 et 2.5a); la royauté et la place privilégié de l'homme dans la création (1.27 et 2.8); sans oublier la plénitude de la nature humaine comme homme et femme (1.27 et 2.23).

Mais qu'en est-il après? Remarquez la façon dont l'eau est évoquée. Dans le premier récit, elle apparaît dès début (1.2). Dieu sépare "les eaux d'avec les eaux". Puis il la rassemble pour que le sec apparaisse. Dans le second récit, l'eau est initialement absente. Puis elle jaillit soudainement de la terre pour arroser le sol. Du jardin d’Edem que Dieu crée ensuite sortira ensuite 4 fleuves qui arroseront la terre.

Remarquez aussi qu'on ne semble pas "proposer tout à fait la même conception de la création et de la création de l'homme"[2]. Dans le premier récit, l'homme y est présenté comme dernier-né, aboutissement et sommet de la création (1.26). Aussi, homme-femme sont créé simultanément (1.27). Dans le second récit, l'homme est créé immédiatement en ouverture, comme le premier-né, avant même le jardin ou des animaux (2.7). De plus, l'homme et la femme sont créés en deux moments distincts; homme puis femme.

Finalement, la place de la nature est intrigante. Dans le premier récit, l'homme apparaît après la nature, à son terme. Cette nature apparaît parfaitement bonne, capable d’engendrer la vie (1.12, 20, 24) et l'harmonie règne entre elle et l'homme (1.31). Dans le second récit, rien n'est dit de la création du ciel, du soleil, etc., la nature apparaît créé après l'homme. Rapidement, elle apparaît comme une menace à l'harmonie, car au milieu d’elle se trouve un arbre dont les fruits ne peuvent être mangé, sous peine de mort. C’est l’arbre de la connaissance de bien et du mal.

L’explication de la différence entre les 2 textes proviennent surtout de leur genres littéraires : le premier se présente sous une forme poétique, hymnique et didactique. Le second sous une forme plus narrative, sapientielle (sagesse).

Mais l’heureuse singularité des textes tiennent aussi au but recherché: le premier offre une perspective théocentrique du monde qui bannit toute forme d'idolâtrie (la nature, les astres, les arbres), qui réassure devant un monde qui semble hostile (avec ses ténèbres, et les forces de la nature comme la mer). Tout cela vient de Dieu et le sert. Et chaque chose créée est placée au service de l’humanité qui arrive à l’existence comme gérant et intendant sur ce monde. N’est pas formidable !

Le second récit est essentiellement anthropologique et il ouvre sur une menace qui se réalisera dans Genèse 3 (j’en parlerai prochainement). Pour l’instant, le début de Ge 2 montre l'homme seul devant cette nature. L’homme y découvre probablement ses premiers sentiments d'incomplétude et de finitude qui le mèneront vers la femme, son vis-à-vis sans lequel il ne pourrait être pleinement image de Dieu.

Lorsqu'on suit la progression du texte en Ge 2, il me semble voir cette vérité: ni la relation à Dieu (dans le sens de 1 à 1, coupé des autres), ni la nature, ni même l'amour de la faune ne répond aux aspirations profondes de l'homme. C'est dans les relations qu'il trouvera son bonheur, son "euréka!". Relation avec sa femme, mais aussi avec autre « vis-à-vis », dont Dieu bien sûr ! Pourvu que ces rapports demeurent justes envers la nature et les animaux (partenaire d'alliance avec Dieu, ne l'oublions pas) et bien sûr ses semblables.



[1] Pierre Gibert (1986), Bible, mythes et récits de commencement, Seuil, p. 21

[2] Idem, p. 23

1 commentaires:

  1. Oui, nous avons tort de minimiser les différences entre Genèse 1 et 2!! Au point que beaucoup de théologiens y voient deux auteurs différents...

    http://cvablog.com/creationetevolution/2011/07/26/les-deux-recits-bibliques-de-la-creation/

    http://cvablog.com/creationetevolution/2011/09/07/les-preuves-bibliques-et-linguistiques-des-deux-auteurs-de-genese-1-11-14/

    http://cvablog.com/creationetevolution/2011/12/12/les-deux-recits-de-la-creation-du-monde-chez-le-peuple-disrael/

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