L’importance des textes sur « l’origine »
Pour percer le mystère du présent, il faut réfléchir sur les origines. Si le passé ne détermine pas l’avenir, il aide à comprendre. Mais comment faire lorsque les origines sont si lointaines, presqu’inaccessibles ? Comment expliquer les premiers moments de notre existence, de notre patrie, de l’humanité, de l’univers ? Regardons brièvement trois « récits » qui nous parlent d’origine : le premier parle des origines de la vie en société; le second parle des origines de l’univers matériel tel qu’on le conçoit en science. Le dernier concerne du commencement de toute chose, de l’univers et de l’humanité. Regardons-les très brièvement.
Pour percer le mystère du présent, il faut réfléchir sur les origines. Si le passé ne détermine pas l’avenir, il aide à comprendre. Mais comment faire lorsque les origines sont si lointaines, presqu’inaccessibles ? Comment expliquer les premiers moments de notre existence, de notre patrie, de l’humanité, de l’univers ? Regardons brièvement trois « récits » qui nous parlent d’origine : le premier parle des origines de la vie en société; le second parle des origines de l’univers matériel tel qu’on le conçoit en science. Le dernier concerne du commencement de toute chose, de l’univers et de l’humanité. Regardons-les très brièvement.
L’état de
Nature
Durant le
siècle dit « des Lumières », des philosophes tels que Rousseau, Hume
et Locke recherchèrent de nouvelles assises sociales et politiques autre que la
royauté. La monarchie prétendait avoir un droit de régner « par
nature ». Pour fonder l’idée nouvelle de démocratie, les philosophes conçurent
le mythe de « l’état de nature »[1].
Ils prétendaient qu’ « au commencement » l’homme vivait dans
l’autosuffisance, hors des notions de biens et de mal, rempli d’amour de soi et
capable de pitié. Les nécessités et les contingences de la vie l’ont conduit à
vivre en société. De là, il se serait aliéné de sa première nature (l’homme
naît naturellement bon, la société le corrompt pour Rousseau). Il aurait ensuite
créé des lois qui, loin d’être d’origine divine, furent motivé par un contrat
social, une entente commune. Ainsi naquirent les fondements philosophiques de
la démocratie moderne poursuivant les fins de la liberté et de l’égalité. « C’est le mythe fondateur de la
modernité»[2]
dira le professeur Jean-Marc Piotte.
Le Big
Bang
Plus
récemment, la science moderne a produit, à partir de l’observation de l’expansion
de l’univers à partir d’un point absolu, la théorie dite du « Big
Bang ». Voilà la naissance d’un second récit qui, érigé en système, a pu servir
de fondement à une philosophie matérialisme pour certain. En 1979, le prix
Nobel de physique, Steven Weinberg, propose un récit des trois premières
minutes de l’univers. Notez bien le début : « Au commencement, il y eu une
explosion. Non pas une explosion comme celle qu’on peut voir sur la terre,
partant d’un centre déterminé et s’étendant en englobant un volume croissant de
l’air environnant… »[3]
Curieusement, lorsqu’on a demandé à Albert Jacquard, biologiste et
philosophe : « Mais il y a bien eu le Big Bang ? (Il répond) Non, il
n’y a pas eu de Big Bang. C’est le nom que l’on donne à un point
inaccessible, inaccessible par
définition »[4]. Évocateur
pour signifier que derrière les mots « Big Bang »,
« explosion », il y a surtout l’essaie de « raconter » une
origine absolue (T=0) probable, mais inatteignable en soi[5]
(mur de Planck). Nous avons donc un intéressant récit des origines du monde
physique utilisant la métaphore (plus ou
moins acceptée) de « l’explosion », celui du « Big Bang ».
Avant d’aborder
le troisième récit, je souligne qu’il ne sera pas nécessairement moins crédible
que les deux premiers. Jusqu’à présent « l’origine » est demeuré soit
hypothétique, soit approximative, voire inatteignable, puisque, redisons-le, plus on se rapproche de T=0, plus
on s’en éloigne... La suspension du jugement pourrait bien devenir éternelle dans
cette direction...
Le
dernier récit qui colore l’imaginaire occidental a été produit par le peuple
hébreu il y a plus de 3000 ans et fut repris intégralement par le christianisme.
Il s’agit de textes fondateurs, ou récit des origines, que l’on retrouve dans
les deux premiers chapitres de la Bible. Le texte débute en disant : « Au
commencement Dieu ». Voilà une nouveauté
absolu dans l’histoire religieuse : Dieu comme la « réalité
première »[6] et
« nécessaire », à l’ origine de tout : ce n’est ni le chaos
primitif – cher au peuple du Proche Orient Ancien ; ni le cosmos (l’univers)
cher au Grec puis au matérialisme. Ce n’est pas non un dualisme entre le bien
et le mal. Non, au commencement, c’était « Dieu ».
Le texte
poursuit ainsi : « … Dieu créa
le ciel et la terre », c’est-à-dire « tout ». Deuxième nouveauté
absolu : l’univers est « créé ». Il n’est pas divin. Il n’est
pas « l’être absolu », il n’est pas éternel, ni statique (comme le
pensait Einstein). Il a un début, une expansion et il est « fini ».
L’univers existe objectivement, réellement. Il est « être second ». Il
n’est pas « mauvais » (même si la mort et la souffrance sont
intrinsèques à la vie). Il n’est pas non plus une illusion de l’esprit
(bouddhisme). Ses lois sont fixes, observables, rationnelles et conforment à
notre intelligence.
Étrangement,
on pourrait croire que c’est la science qui a découvert cela. Oui et non. La
science a observé un univers en expansion à partir d’un point infini et d’un
T=0. Mais la science n’a pu – et ne pourra jamais – se prononcer sur « l’être
premier et nécessaire » (ontologie) qui est soit « la matière »,
soit « Dieu ». Cela sort de sa portée qui prétend ne connaître que
les objets de l’expérience sensible.
On
dénigre souvent les premiers chapitres de la Genèse, pensant qu’ils sont là
pour donner un compte-rendu détaillé, chronologique, historique, scientifique
des origines du monde. Ce serait réduire leur exégèse à une « interrogation
typiquement moderne », très étranger aux peuples du POA (et donc de l’intention
de l’auteur). Les récits de la création, pensons-nous, donnent un sens à la
création, plutôt que leur signification scientifique.
À partir
de cela, on se rend compte de l’importance et de la pertinence que gardent les
récits bibliques des origines pour notre temps.
[1]
Voir les philosophes : J.-J. Rousseau (Du contrat social, 1762), Hobbes,
Lockes.
[2]
Jean-Marc Piotte (2007), Les neufs clés de la modernité, Québec Amérique, p.12
[3]
Cité dans Pierre Gilbert (1986), Bible, mythes et récits de commencement,
Seuil, p. 58. Je sais que les termes ont changé depuis, mais la volonté de
raconter ce moment ne change pas
[4] Le
monde s’est-il créé tout seul ? (2008) Éditions Albin Michel, p. 107-108
[5] Car
si nous l’atteignons, nous demanderons : qu’y avait-il avant?… J’expliquerai
plus tard comment l’inaccessible point zéro oblige à présupposer une
« réalité première ». Aujourd’hui on choisit soit Dieu ou soit la « matière »
comme étant cette réalité première et nécessaire. On est donc soit théiste ou
matérialiste, sans qu’aucune des deux parties puissent prouver à l’autre son
point de vue. Même ceux qui choisissent de suspendre leur jugement, ne peut
demeurer dans l’indécision éternellement…
[6] Je
conseil pour l’étude des métaphysique possible la lecture de Claude
Tresmontant. Tous ses livres, à ma connaissance, sont bons.
Entièrement d'accord avec toi, le message biblique contient la notion de création ex-nihilo, qui raisonne formidablement bien avec la théorie du Big bang.
ReplyDeletePourtant, Tous les spécialistes ne traduisent pas Genèse 1:1 par "Au commencement, Dieu créa..."
mais par "Quand Dieu commença à créer le ciel et la terre..." (Tob)
Autrement dit, Genèse 1:1 commence dans un chaos originel prééxistant...
http://cvablog.com/creationetevolution/2011/11/29/bara-ne-signifie-pas-exclusivement-creatio-ex-nihilo/
http://cvablog.com/creationetevolution/2011/08/23/les-deux-recits-bibliques-de-la-creation-letat-primitif-du-monde-dans-les-recits-sacerdotal-et-yavhiste/
Intéressant. Je connaissais aussi cette traduction. Je crois que si l'on se place du côté des premiers lecteurs de la Genèse, on est fort étonné de voir la place minime que joue le chaos dans le commencement du monde. Les premiers lecteurs qui connaissait bien les mythes du Proche Orient Ancien, lesquels décrivaient le chaos primitif du commencement, préexistant, être premier d'où naquirent les dieux et qui demeure toujours une menace pour l'homme, furent sûrement fort étonné de constater que ce chaos était en fait vide et sans force, sans subsistance dirions-nous. Le premier lecteur (et nous aussi!) comprenons que Dieu ne crée pas le monde à partir d'une réalité qui préexistait à côté de lui (en le domptant ou en le modelant),mais qu'il fait apparaître toute chose alors que ce chaos primitif était en fait une non-réalité ontologique. L'humanité n'a donc pas à le craindre. Dieu seul est la réalité préexistante, première, d'où la matière (être second), est créée par lui, vient à l'existence par sa volonté seule, et non parce qu'elle existait ou préexistait déjà. Je m'inspire des analyses inspirantes de Claude Tresmontant là-dessus.
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