Thursday, February 16, 2012

Penser la liberté après la chute originelle



Le paradoxe d’Augustin

Il n’est pas facile de penser la liberté humaine après Augustin ! Du moins pour les protestants... Le grand penseur du libre-arbitre est également celui qui a retiré ce privilège aux descendants d’Adam. « S’il affirme, dans le traité De libero arbitrio, l’existence du libre arbitre contre les manichéens qui attribuaient au divin la responsabilité du mal, il tend, contre les Pélagiens, à en minimiser le rôle dans l'œuvre du salut, sous prétexte que l’homme a, par le péché originel, perdu l’usage de cette faculté : « amissa libertas, nulla libertas » (« liberté perdue, liberté nulle »). Seule la grâce, gratuitement octroyée par Dieu, peut alors accomplir l'œuvre du salut. »[1]. C’est le paradoxe augustinien. Libre ou pas libre ? Choisissez !

L’héritage protestant
Les protestants conservèrent en général la conception d’une nature humaine corrompue. Mais il n’y a pas unanimité. À une extrémité du spectre se trouvent les calvinistes, pour qui chaque être humain est « totalement corrompu », et son libre-arbitre au point mort depuis la chute. Dans l’œuvre du salut, il est aussi passif qu’une épée que l’on tire d’un fourreau; tout au plus, il obtempère à la grâce « irrésistible »... parce qu’elle est irrésistible.

Au milieu, se trouveraient les luthériens, champions de l’œcuménisme, qui se sont gardés une petite gène par rapport à Calvin ; ils attribuent à l’homme la capacité de refuser la grâce justifiante, la qualifiant ainsi de grâce « résistible ». Le libre-arbitre est corrompu, mais pas entièrement.

À l’autre extrême, tout près des catholiques, se trouvent les anabaptistes (dont je suis à moitié), qui affirme que le salut est exclusivement don et œuvre de Dieu, mais qu’il ne se réalise cependant pas en dehors de l’homme.  Le libre-arbitre, soutenue par la grâce, est capable de répondre à l’appel de la foi et de suivre Jésus-Christ.

Je n’ai pas mentionné toutes les églises, mais chacune se trouvent quelque part sur ce spectre. Dans le protestantisme donc, il y a une diversité, et un espace pour la liberté. Mais quelle est-elle, cette liberté ? En quoi a-t-elle été « corrompue » par le péché originel ? Qu’en est-il de la liberté des nouveaux-nés qui naissent aujourd’hui ? Cette petite enquête maison ne sera pas exhaustive, mais synthétique. J’averti le lecteur : ce sera un peu long, mais – je l’espère –intéressant. Voici mon plan pour les curieux :

1-    Examiner l’origine et la cause de la perte du libre-arbitre dont Augustin a affublé l’humanité.
2-   Montrer en quoi les spéculations faites par Augustin autour de la perte du libre-arbitre et de la corruption des facultés volitives sont que des intuitions d’ordre théologiques (pas totalement fausse), et non des faits scientifiques (à moins que celui-ci ait eu accès à un IRN du cerveau d’Adam avant et après la chute!).
3-      Rappeler que le mal, le péché ou la corruption qui aurait affecté l’homme ne sont pas des « réalités en soi », qu’ils n’ont pas d’être ou de « nature propre » pouvant affecter les facultés volitives ou intellectuels de l’être humain. Nous glisserons aussi un mot sur l’interprétation des métaphores et des symboles tel que : « le péché habite en moi » (Rom 7.14) qui ne renvoie pas à une réalité ontologique, mais à un sentiment de finitude.

Je terminerai en esquissant l’idée d’une humanité qui demeure ontologiquement « très bonne » (Genèse 1.31), mais que ne naît pas moralement « bonne »; personne ne naît pas avec l’essence divine. L’être humain naît avec la possibilité de recevoir librement cette nature divine, capable à la fois de s’incliner vers Dieu ou d’y résister, sous l’action de la grâce. La philosophie du volontaire et de l’involontaire de Paul Ricœur nous aidera à schématiser la contingence du mal chez l’être humain et à comprendre le problème de la liberté.

Un espace de liberté
La liberté humaine, au niveau du salut, pourrait être définie comme « une sorte de coopération » de la personne humaine – par son approbation ou son refus – à l’agir justifiant de Dieu, bien que pareille approbation personnelle soit considérée comme étant un effet de la grâce et non une œuvre résultant des forces propres de l’humain. À moins de me tromper, cette idée que j’ai repris du traité Luthéro-catholique me semble acceptable théologiquement pour tout les protestants et les catholiques romains, sauf bien sûr pour les calvinistes. N’hésitez pas à me reprendre si je m’abuse…

Cette idée que la volonté puisse coopérer a son origine dans la pensée augustinienne qui est un des premiers à développer la liberté comme une faculté humaine en mettant l’accent sur le primat de la volonté individuelle. Avant lui, les Pères considéraient que Dieu seul est libre. Et qu’étaient libres ceux que Dieu affranchissait des puissances asservissant l’homme (servitude, injustice, péché, etc.).

Or Augustin en vient à placer cet attribut divin en l’homme lui-même. C’est d’ailleurs une des choses qui le caractérisent comme image de Dieu. L’être humain possède cet attribut divin en lui, soutenu par la grâce divine.

Dans la Bible, la liberté est toujours comprise comme étant lié à l’action libératrice de Dieu. Israël est libre parce que Dieu l’affranchi du pharaon : « C’est moi, le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir d’Égypte, de la maison de servitude » (Ex 20.2). De même, avec Christ, la liberté est événement du Royaume, avec son action libératrice dans la vie des hommes. Elle est don du Christ (Ga 5.1), affranchissement des puissances qui asservissent l’homme (Rm 8.2). C’est l’état d’une personne ou d’une communauté qui est affranchie.

Dans le cadre du débat avec Pélage, Augustin rapporte radicalement la liberté à la grâce divine : c’est Dieu qui donne à l’homme la capacité de l’aimer. L’homme ne peut, sans la grâce, aimer Dieu et s’orienter vers lui. Ainsi, l’impact de la chute sur la liberté humaine est radical. Perdant la grâce, il perd le libre-arbitre. Il devient esclave des passions du corps et aveugle aux réalités célestes.

Il est clair ici que le grand Augustin a imaginé qu’entre le moment de la création d’Adam et celui qui précède la manducation du fruit défendu, « quelque chose » s’est passée. Quelque chose « de réel ». Un changement ontologique dans la nature humaine. Il y a deux façons de spéculer sur ce changement métaphysique, car aucun scan cérébral n’a été fait pour poser un diagnostic neurologique. Ces spéculations métaphysiques révéleront de présupposés que nous devons aujourd’hui abandonner, et c’est pourquoi nous serons obligé de conclure que le péché n’a pas altéré biologiquement les facultés intellectuelles, et que le problème du péché se trouve ailleurs.

Explication du changement métaphysique

La perte de la grâce divine
On a vu qu’Augustin fait dépendre la liberté de la grâce divine, qui soutient et garde cette volonté dans l’amour de Dieu. En perdant cette grâce divine, conséquence de la désobéissance, l’homme tombera alors sous l’emprise d’un corps soumis aux passions (1) et d’une volonté incapable d’aimer Dieu. Cette anthropologie augustinienne à de profondes racines dans la pensée grecque. Nous avons déjà expliqué le préjudice de cette anthropologie platonicienne qui s’exercera sur Augustin ; celle-ci comprend l’être humain comme l’union d’un corps mauvais à une âme d’essence divine. Le problème de cette approche est qu’elle conçoit le corps et les facultés intellectuelles comme insuffisante, voire déficiente.

On sait de plus aujourd’hui qu’Augustin avait, pour conceptualiser le bien et le mal (l’être et le néant), le modèle de la gamme des degrés d’être néo-platonicienne. Dans ce modèle, Dieu est l’être parfait, un. Tous les autres êtres se déclinent vers l’imperfection. Plus on s’éloigne de Dieu, plus on s’éloigne de l’être, plus on décline en perfection. Pour Augustin, l’homme, comme créature, est forcément imparfaite, corruptible. Sans la grâce divine, il ne peut que descendre les échelles de l’être vers le néant. Ainsi Augustin conçoit-il le corps matériel comme déficient sans la grâce, et sans la grâce orienté vers le néant, ce qui revient à l’ancienne conception grecque de l’homme, dualiste, dont le corps est perçu comme quasi-mauvais.

Corruption de nature ?
Une autre façon d’expliquer ce changement ontologique qui s’opère en l’homme après la chute est celle-ci : le péché corrompt et perverti les facultés de l’entendement inhérente à la liberté, c’est-à-dire la volonté et la raison. Dans cette conception, le péché devient cette puissance quasi-physique –  « Ce n’est pas moi qui le fait, dit Paul, c’est le mal qui habite en moi! » (Romains 7.16). Le péché originel qui, pour St-Augustin, se transmet par génération à tous les hommes, déprave les facultés intellectuelles et volitives de l’homme. Quel neuroscientifique cet Augustin! Nous avons déjà refusé de telles spéculations pseudo scientifiques, parce qu’en attribuant au mal et au péché un caractère quasi-physique, nous avons glissé vers le gnosticisme ou le dualisme métaphysique. Ceux-ci accordent au mal un statut de substance première. Or le mal n’a rien de réel et n’est pas une substance. Tout les Pères de l’église ont rejeté cette idée. Comment pourrait-il, dans ce cas, corrompre les facultés de l’entendement ?

Cette transformation ontologique d’Adam a deux causes :

Non seulement la perte de la grâce et le concept de « défectus » augustinien explique-t-elle la dépravation totale de l’homme après la chute, mais il y a trois autres présupposés chez Augustin qui vont teinter sa vision de l’homme.

Un Adam créé ontologiquement « saint »
D’abord le fait qu’Augustin, amplifie le concept de perfection originelle à la moralité. Il ne voyait pas qu’un Adam parfait, mais un Adam originellement « saint », en état de béatitude, au contrôle de ses passions. Ce modèle anthropologique a deux critiques. D’abord elle s’éloigne beaucoup de la conception d’Adam des Pères Orientaux de l’église avant lui. Deuxièmement, ce modèle ne respecte ni l’humanité, ni la liberté, ni le développement normal de l’homme. Nous préférons une vision dynamique (exposé ici) proposé par d’autres théologiens proches des apôtres. Dont Irénée de Lyon (130-202), qui fait d’Adam un homme en marche vers la ressemblance de Dieu, plutôt qu’un être accompli et sanctifié dès le commencement de sa vie.

Le concept de « défectus »
L’Adam d’Augustin était un sage stoïcien. L’anthropologie est essentiellement grecque et platonicienne. Le mal est conceptualisé philosophiquement selon le modèle néoplatonicien des degrés d’être. À partir de ce modèle, Augustin a fait passer l’homme de 1- tourné vers Dieu (être parfait) avant la chute, à 2- tournée vers le néant, vers le corruptible après la chute. Conceptualiser ainsi les facultés intellectuelles et volitives de l’homme et ses attributs à partir de ce modèle néoplatonicien, c’est aller trop loin.

Une herméneutique inadéquate
Dans le péché originelle, étude de signification, nous avons commencé de voir qu’Augustin a fondé toute son anthropologie sur une interprétation littérale 1- du récit narratif de la chute, faisant ainsi entorse au genre littéraire du récit, 2- en spéculant sur des métaphores bibliques tels que : « Ce n’est plus moi qui le fait, c’est le péché qui habite en moi » (Rm 7.14,17,23). Ces métaphores expriment non une réalité ontologique, mais un sentiment d’impuissance face au péché. Attention à notre herméneutique des symboles!

Quelle solution ?
Qu’est-ce que le péché ? Il n’est pas tangible, il n’est pas une substance, il n’a pas de réalité propre. Il existe parce qu’il y a de la liberté. Le péché est le corollaire de la liberté. Il est là parce que nous sommes libres; le reconnaître, ce n’est pas blâmer le créateur, c’est reconnaître la possibilité de choisir le juste et de s’unir à Dieu en reconnaissant juste son Fils Jésus-Christ.

Chez certains théologiens catholiques, comme chez des protestants, toutes ces spéculations sont non seulement caduques, mais une compréhension renouvelée de ces textes font ressurgir un sens nouveau grâce à une herméneutique qui tient davantage compte des genres littéraires. Paul Ricoeur (1931-2005) fait partie de ceux qui ont travaillé à de nouvelles approches exégétiques basées sur les genres littéraires (prophétique, narrative, sagesse, hymne, etc.). Chaque genre a sa modalité propre dans la façon de révéler Dieu et d’être reçu par la communauté interprétante. Ils sont crucials pour comprendre le dévoilement du monde des textes sacrés. Nous avons déjà remarqué que loin d’être spéculative sur l’historicité et la signification scientifique des débuts de l’humanité, ces textes veulent éclairer le sens de la création et de la condition humaine, éclairage qui se trouve hors de la portée empirique des sciences physiques ou historiques.

Nous arrivons donc au point où nous devons concevoir l’homme comme 
1- « ontologiquement bon» (ne veut pas dire moralement bon)
2- moralement « neutre » neutre à la naissance, ni bon ni mauvais. 

Aucun être humain n’arrive à l’existence avec une quasi-nature mauvaise, une tare héréditaire, une culpabilité de nature. Ceci est de la spéculation, car le péché n’est pas une réalité ontologique. Il n’a pas d’essence en soi. Le péché, comme le mal, est une réalité qui existe parce qu’il y a volonté libre qui produit du mal. Lorsque Paul dit : « Maintenant ce n’est plus moi qui produis cela, c’est le péché qui habite en moi » (Rom 7.17). Cela évoque davantage la finitude humaine et l’incapacité d’atteindre les standards de Dieu, qu’une tare physico-spirituelle, une essence mauvaise qui habite Paul. D’ailleurs Paul emploie ici la métaphore de la maison pour décrire cette puissance, par laquelle il se sent complètement dominée. Il serait insensé de spéculer sur le sens premier de la métaphore que Paul serait semblable à une maison dans laquelle le péché réside comme locataire. Paul se sent dépassé par cette réalité du péché qui l’asservit.

Mais l’étonnement du texte, c’est la conscience qu’il a de cet asservissement. « Car je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l’homme intérieur ; mais je vois dans mes membres une autre loi, qui lutte contre la loi de mon entendement, et qui me rend captif de la loi du péché, qui est dans mes membres. Misérable que je suis ! Qui me délivrera du corps de cette mort ? » (Romains 7.22-24). Je terminerai sur ceci : Le volontaire et l’involontaire. Voilà ce qui nous afflige. Ce n’est pas le corps. Ce sont les déterminants qui influencent nécessairement le corps et la pensée qui n’existe que dans un corps. Nous expliquerons cela dans le prochain blog.


[1] Wikipédia, Libre-arbitre

16 commentaires:

  1. Bonjour Bruno

    Merci pour ta ferveur et de partager tes convictions sur ce thème particulièrement épineux et difficile (mais tout autant passionnant).
    Je reprends les 2 points de ton corollaire :

    Nous arrivons donc au point où nous devons concevoir l’homme comme
    1- « ontologiquement bon» (ne veut pas dire moralement bon)
    2- moralement « neutre » neutre à la naissance, ni bon ni mauvais.


    1- ne me pose pas de problème, je partage la même vision comme j'ai déjà pu l'exprimer ailleurs.

    2- Forcément ça ce gâte…
    Je pense comprendre où tu veux en venir mais je trouve que la démonstration (OK elle est encore incomplète) se heurte à de nombreux passages contradictoires.
    Tu apportes un nouvel éclairage sur ma lecture de Romains 7 soit, mais penses-tu pouvoir associer les versets suivants à la pensée que tu développes ?

    Certes, je les pose ici un peu "à plat" peut-être sortis de leur contexte, mais je laisse la parole à la défense…


    Proverbe 22:15 La folie est attachée au cœur de l’enfant ; La verge de la correction l’éloignera de lui.
    Psaumes 51:5 (51-7) Voici, je suis né dans l’iniquité, Et ma mère m’a conçu dans le péché.
    Jean 3:6 Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit.
    Galates 5:19 Or, les œuvres de la chair sont manifestes, ce sont l’impudicité, l’impureté, la dissolution,
    Psaumes 58:3 (58-4) Les méchants sont pervertis dès le sein maternel, Les menteurs s’égarent au sortir du ventre de leur mère.
    Job 14:4 Comment d’un être souillé sortira-t-il un homme pur ? Il n’en peut sortir aucun.
    Job 15:14 Qu’est-ce que l’homme, pour qu’il soit pur ? Celui qui est né de la femme peut-il être juste ?
    Ephésiens 2:3 Nous tous aussi, nous étions de leur nombre, et nous vivions autrefois selon les convoitises de notre chair, accomplissant les volontés de la chair et de nos pensées, et nous étions PAR NATURE des enfants de colère, comme les autres …

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  2. Salut Marc,
    Ce sont des passages intéressants et je suis heureux que tu les partage. Merci. Je suis un grand amoureux de la Parole de Dieu. Je crois à son inspiration, à son caractère divin et humain, et je n'ai jamais eu de problèmes avec travailler dans le cadre de l'inérrance des Écritures.

    Il est important, de plus, d'expliquer l'unité des divers partie de l'Écritures en les rapportant au coeur de cette Révélation, c'est-à-dire Jésus-Christ, Dieu fait homme.

    Bon, prenons pour le moment le dernier passage, Eph 2:3, car tu sembles mettre un emphase dessus en accentuant l'expression "par nature" qui renverrait à une nature ontologiquement mauvaise dont Paul ferait référence : "Nous étions PAR NATURE des enfants de colère.

    Un langage métaphorique ?
    Paul veut-il dire que la mère est "colère"; qu'il est enfant "de colère"; qu'il est "par nature un enfant de colère". Il semble bien que le sens littéral est impossible. Ce langage semble davantage s'adresser à nos sentiments qu'à notre raison. C'est un langage métaphorique qui exige et stimule la méditation et la réflexion. "Le symbole donne à penser". Mais il me semble inutile de spéculer sur la nature ontologique de cet "enfant de colère".

    La chair n'est pas le corps.
    2- L'expression "par nature" (phusis) veut effectivement dire "naturel, de naissance". La chair, chez Paul, exprime le principe d'autonomie de l'homme qui s'oppose forcément à Dieu. La chair n'est jamais identifié au corps. Le corps, lui, n'est pas mauvais dans la Bible. La chair, elle, est ennemi de Dieu parce qu'elle est un principe d'asservissement hors de l'alliance. En dehors de Dieu, l'être humain est forcément aliéné. C'Est pourquoi, vivant selon ce principe d'autonomie, "nous étions tous par nature des enfants de colère". Nul corruption de nature encore une fois, car la nature dont parle Paul est celle de la "chair", non celle du corps.

    Que penser de Rm 2.14 ?
    Cette "phusis" de l'homme est aussi évoquée en Rom 2.14: "En effet, lorsque les païens qui n’ont pas la Loi de Moïse accomplissent NATURELLEMENT (naturellement, de naissance) ce que demande cette Loi, ils se tiennent lieu de loi à eux–mêmes, alors qu’ils n’ont pas la Loi. Ils démontrent par leur comportement que les œuvres demandées par la Loi sont inscrites dans leur cœur. Leur conscience en témoigne également, ainsi que les raisonnements par lesquels ils s’accusent ou s’excusent les uns les autres.".

    Bien sûr que cette conscience "naturelle" est en soi insuffisante pour connaître Dieu. Mais pour être un peu polémique, disons que cette conscience demeure sensible à la loi divine (inscrite dans le coeur) et que l'obéissance à cette conscience devient, semble-t-il, un principe de justification pour ceux et celles qui n'ont pas connus ni Christ, ni la loi. Car cette conscience, ou faculté d'arbitre qui accuse ou excuse, semble être la base sur laquelle les païens seront jugés (Rm 2.13-16). Aparamment, ils semblent justifiés par la pratique de la loi inscrite dans leur coeur, puisque selon Rm 2.13: "ce sont ceux qui mettent la loi en pratique qui seront justifiés".

    L'homme est-il ontologiquement mauvais ? Je n'en suis pas encore convaincu sur la base d'Eph 2.3

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    1. Salut Bruno,

      Voici quelques réflexions sur le // que tu fais entre Eph 2:3 et Ro 2:14 :
      En faisant qq recherches, je me suis d'ailleurs rendu compte combien ces versets prêtaient à débat depuis bien longtemps !
      Nous pouvons donc à mon avis difficilement en tirer des affirmations définitives..

      PARTIE 1/2 RO 2:14

      L'objectif de Ro2 est de démontrer que les juifs ne seront pas justifiés par le simple fait d'écouter la loi. Il faut la mettre en pratique. ce n'est pas d'expliquer que les gentils sont sans péché.
      Paul ne dit pas que les païens ou certains païens parviennent toujours à accomplir la loi naturellement (par nature) c-a-d instinctivement, sans avoir à suivre un écrit (la loi juive), mais il dit qu'il arrive même aux païens de répondre à la loi en obéissant à leur conscience. Ils sont accusés ou défendus par leur conscience.
      On ne peut pas conclure de ce passage que l'homme serait neutre ou bon puisqu'on le voit chuter de tte manière.
      La loi est là pour nous montrer l'objectif de Dieu, pour les juifs, elle fut révélée clairement et écrite. Pour les Païens, ils ne pourront pas se dérober à la justice de Dieu car cette loi est gravée dans leur cœur, ils en avaient donc également connaissance.

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    2. PARTIE 2/2 Eph 2:3
      Le "par nature" est en fait assez difficile à saisir.
      2 écoles s'affrontent, Bruno, tu as manifestement choisi ton camp !...

      Certains insistent sur le caractère inné du péché qui entache l'homme dès sa naissance, c'est la version "Trash" (Adolphe Monod) : "par nature. Tous les efforts tentés par certains interprètes pour se débarrasser de la doctrine du péché originel tombent impuissants devant l’inexorable signification de ce mot. […] d’où peut provenir cet état ? À cette question il n’y a d’autre réponse que le fait de la chute, de la maladie invétérée du péché, héritée de génération en génération par nature, c’est-à-dire par la naissance. Nous sommes pécheurs en vertu d’une disposition innée qui porte ses fruits de mort avant même que nous ayons conscience de nos actes."

      Maintenant la version "Soft" (Johnson) :
      "Le mot phusis traduit « par nature » se retrouve dans : Ro 2:14 1Co 11:14 Ga 2:15 4:8

      Dans seulement un de ces passages le mot se réfère à « la puissance naturelle » en parlant, dans ce cas, de race. Ga 2:15

      Le mot ne décrit pas ce qui est « inné » dans un seul de ces passages. Il décrit la coutume, la pratique, l’état inconverti. Personne ne dirait que les « Gentils », qui « par nature » pratiquent les choses de la « Loi » le font parce que c’est inné. Cela veut dire qu’ils le font sans la révélation. Ce mot est utilisé dans un sens similaire, ici, et veut dire que « Nous », aussi bien que les autres, avant que nous soyons convertis par l’Évangile, vivions dans le péché, comme les autres, et étions comme eux « les enfants de la colère ». L’état naturel est l’état inconverti. "


      Allez balle au centre !

      Ce qui est certain à la lecture de ce passage c'est que tous les hommes sont pécheurs.
      Mais par nature signifie-t-il par naissance ou par notre comportement ?
      Le débat reste ouvert !...
      Etudions d'autres passages.

      Allez, un petit coup de Monod pour la route ;-)

      " Mais le mot par nature, qui est employé plusieurs fois dans le Nouveau Testament, et toujours pour marquer les caractères essentiels et le développement propre d’une chose, par opposition aux qualités accessoires et à l’influence extérieure (Ro 2:10 ; Ga 2:15; 4:8), nous avertit que ce qui provoque la colère de Dieu n’est pas seulement dans l’individu, mais dans la race et dans la nature humaine, bien entendu dans la nature déchue et non dans la nature primitive et normale. "

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  3. Merci Bruno pour ta réponse,

    Je dois prendre de temps de la réflexion bien sûr pour l'analyser en détail et qui me parait très intéressante avec le parallèle de Rm 2:14.

    Je suis également sur la piste du rôle de la conscience "dans cette affaire" car comment par exemple expliquer le Salut des jeunes enfants qui disparaissent ou de ceux qui n'ont pas entendu parler de Christ ?

    Une chose est sûre c'est que notre chair est bien incapable d'accomplir la volonté de DIeu, sur ce point il me semble que nous sommes d'accord.
    Je partage ta définition de la chair qui est plus que le corps.
    Mais je ne vois pas très bien à ce stade pourquoi il ne pourrait pas y avoir un "héritage" au niveau de cette chair.
    Point besoin d'imaginer le mal se greffer aux Chromosomes, du fait que nous parlons ici d'une nature non physique, le péché pourrait impacter cette nature charnelle de toute façon par une manière que nous ne pouvons pas conceptualiser. Ou tout simplement du au fait que nous naissons et grandissons dans un monde où son Prince n'est autre que Satan lui-même !...

    J'ai du mal pour ma part à adhérer à un état neutre, ni blanc, ni noir, ni bon, ni mauvais, ça ne me parait pas très conforme à la vision dualiste biblique.
    Tu cites certains passages (comme Daras l'a aussi fait sur son blog) qui méritent cependant qu'on s'y attarde. C'est ce que je vais faire…

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  4. Au fait Bruno, pendant que je bosse ta réponse, avance aussi sur les autres passages que j'ai cités...

    Tu ne vas pas t'en tirer comme ça quand même !..

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  5. Salut Marc,
    Serait-il possible que nous soyons amis sur Facebook, car si on "bosse ensemble", j'aimerais voir une idée de mon interlocuteur. Mon adresse est http://www.facebook.com/people/Bruno-Synnott/659737323

    Tu dis:
    1- "le péché pourrait impacter cette nature charnelle de toute façon par une manière que nous ne pouvons pas conceptualiser."

    Je ne comprend pas cette idée, qu'un autre bloggeur - Jonathan (voir le blog sur l'hommage à HB) tiens si fermement, l'idée d'une transmission non-biologique, d'une transmission mystérieuse, d'un " héritage mystérieux d'une "corruption"" dit Jonathan.

    Je suis conscient de l'interrogation qu'une ontologie humaine "neutre" suscite concernant l'asservissement de l'homme sous la puissance du péché. J'y viens, j'en parlerai bientôt, c'est dans mon plan.

    Une dernière chose: tu dis "J'ai du mal pour ma part à adhérer à un état neutre, ni blanc, ni noir, ni bon, ni mauvais, ça ne me parait pas très conforme à la vision dualiste biblique."

    Comme je l'écrivais à Jonathan, il faut comprendre l'être humain, non comme mauvais ou bon, mais comme existant dans un monde créé. Cela a des implications.
    1 Co 15.45: "C’est pourquoi il est écrit : Le premier homme, Adam, devint une âme vivante. Le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant.
    46 Mais ce qui est spirituel n’est pas le premier, c’est ce qui est animal ; ce qui est spirituel vient ensuite.
    47 Le premier homme, tiré de la terre, est terrestre ; le second homme est du ciel.
    48 Tel est le terrestre, tels sont aussi les terrestres ; et tel est le céleste, tels sont aussi les célestes."

    Je rejetterai jusqu'au bout toute forme de dualisme. L'homme est toujours né, naît, et naîtra toujours ontologiquement bon, un. Il n'y a pas d'âme et de corps séparé, mais l'homme vivant est un corps vivant. C'est une prémisse chez moi. J'expliquerai plus, la notion d'âme est mal comprise et teintée de pensée grecque.

    Toutefois les déterminants biologiques, culturelles, idéologiques affectent le corps et, nécessairement, la pensée. Du premier au dernier des hommes. Ils ont affecté Adam, formé d'humus, puis ont affecté les premières communautés, ils nous affectent encore aujourd'hui. Nous verrons l'implication d'une pensée qui pense dans un corps.

    Le corps humain n'est pas comme celui des anges. La chair "humaine" est le principe d'autonomie qui rend l'homme esclave du péché. Mais l'homme est aussi pourvu d'une conscience, faculté d'arbitre (Rm 2.14) que tu examines en ce moment.

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    1. Il est tout de même un peu dommage que tu ne cites pas les versets qui encadrent 1 cor 15.45-48... justement un passage qui aborde de façon explicite ce thème de la corruption.

      42 Le corps est semé corruptible ; il ressuscite incorruptible
      43 il est semé méprisable, il ressuscite glorieux ; il est semé infirme, il ressuscite plein de force
      (...)
      50 Ce que je dis, frères, c'est que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et que la corruption n'hérite pas l'incorruptibilité.
      53 Car il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité.
      54 Lorsque ce corps corruptible aura revêtu l'incorruptibilité, et que ce corps mortel aura revêtu l'immortalité, alors s'accomplira la parole qui est écrite : La mort a été engloutie dans la victoire.
      55 O mort, où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ?
      56 L'aiguillon de la mort, c'est le péché ; et la puissance du péché, c'est la loi.

      ---

      Quant à Romains 2, ce n'est pas si simple :

      L'erreur avec cette interprétation inclusiviste de Romains 2.11-29 est de voir une affirmation sotériologique définitive dans une simple démonstration hypothétique visant à démontrer l'impartialité divine dans le jugement et la nécessité de mettre en pratique la Loi pour être justifié.

      Il est simplement en train de nous dire que juifs et païens seront jugés impartialement, avec ou sans la Loi.

      Plus précisément, que le juif ne peut pas se contenter d'avoir reçu la Loi sans la mettre en pratique, et qu'il est indirectement condamné par le païen observant occasionnellement cette loi divine, une loi seulement inscrite sur son coeur et non explicitement révélée (païen qui sera lui aussi jugé, mais sur la base de sa propre conscience).

      On ne peut pas isoler Romains 2 seul et ignorer les dizaines de passages traitant de la justification et du salut.

      La suite du raisonnement de Paul n'a aucun sens si la justification est possible sur la simple base de l'observation de la loi divine (que ce soit la loi inscrite sur le coeur des païens ou la loi donnée aux juifs). Il contredit très exactement cette idée aux chapitres 3-4-5. L'observation de la Loi mosaïque ne justifiera personne et, puisque Dieu est impartial, l'observation de la loi inscrite sur le coeur des païens ne les justifiera pas non plus. Sans compter que Paul nous dit clairement dans la suite que tous sans exception sont coupables.

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    2. Salut Marc,
      [MF:] Salut Bruno, je reprends ton texte pour y répondre plus clairement

      Serait-il possible que nous soyons amis sur Facebook, car si on "bosse ensemble", j'aimerais voir une idée de mon interlocuteur
      [MF:] Pas de problème pour faire mieux connaissance, je t'envoie un email..

      Tu dis:
      1- "le péché pourrait impacter cette nature charnelle de toute façon par une manière que nous ne pouvons pas conceptualiser."

      Je ne comprend pas cette idée, qu'un autre bloggeur - Jonathan (voir le blog sur l'hommage à HB) tiens si fermement, l'idée d'une transmission non-biologique, d'une transmission mystérieuse, d'un " héritage mystérieux d'une "corruption"" dit Jonathan.

      [MF:] C'est pourtant simple, je ne peux pas répondre à la place de Jonathan concernant le "fermement" mais tu connais toi même la pensée évangélique qui clame la transmission héréditaire du péché. Pour ma part j'ai toujours cru comme beaucoup que j'étais en Adam dans sa chute comme je suis en Christ dans ma rédemption. Ceci n'a rien de biologique mais pourrait être vu sous l'aspect "pénale" de l'humanité ou peut être est-ce à voir avec l'esprit de l'homme qui fut déchu et qui mourut avec Adam..
      C'est pour cela que j'ai encore du mal à te suivre dans certaines de tes explications où tu voudrais trépaner Adam avant et après la chute... car s'il est question d'esprit, ni aucun fossile, ni les neurosciences ne nous seront d'un quelconque secours . J'ai en effet une vision tripartite de l'homme (corps-âme-esprit) je suis conscient d'être de ce point de vue très influencé par certains auteurs et mon éducation, mais il m'a semblé y trouver une excellente concordance biblique. Ce thème fait également partie de mes investigations renouvelées, mais chaque chose en son temps...


      Je suis conscient de l'interrogation qu'une ontologie humaine "neutre" suscite concernant l'asservissement de l'homme sous la puissance du péché. J'y viens, j'en parlerai bientôt, c'est dans mon plan.
      [MF:] Très bien , on va patienter...
      suite dans le message suivant - on est limité en caractères :-(

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    3. Une dernière chose: tu dis "J'ai du mal pour ma part à adhérer à un état neutre, ni blanc, ni noir, ni bon, ni mauvais, ça ne me parait pas très conforme à la vision dualiste biblique."

      Comme je l'écrivais à Jonathan, il faut comprendre l'être humain, non comme mauvais ou bon, mais comme existant dans un monde créé. Cela a des implications.
      1 Co 15.45: […]
      Je rejetterai jusqu'au bout toute forme de dualisme. L'homme est toujours né, naît, et naîtra toujours ontologiquement bon, un. Il n'y a pas d'âme et de corps séparé, mais l'homme vivant est un corps vivant. C'est une prémisse chez moi. J'expliquerai plus, la notion d'âme est mal comprise et teintée de pensée grecque.
      [ [MF:] Cette question est à creuser pour moi. Attention toutefois aux prémices car ce sont justement nos présupposés qui peuvent ensuite nous amener à tordre le sens des Ecritures pour tout ramener à notre vision des choses, c'est ce qui me semble le plus délicat dans notre approche de la bible.
      Ce thème m'intéresse sachant que j'ai actuellement une interprétation ni moniste ni dualiste de l'homme comme je l'ai expliqué plus haut.


      […]

      Le corps humain n'est pas comme celui des anges. La chair "humaine" est le principe d'autonomie qui rend l'homme esclave du péché. Mais l'homme est aussi pourvu d'une conscience, faculté d'arbitre (Rm 2.14) que tu examines en ce moment.
      [ MF:] Les anges sont des esprits et mystérieusement ils peuvent également chuter ! Et s'ils se rebellent contre Dieu, il n'y a pas de salut pour eux ! Ils aimeraient tellement comprendre et prendre part à l'œuvre rédemptrice du Christ... (cf 1 Pierre 1:12)
      Le mal qui peut atteindre les anges se nome-t-il également péché (manquer la cible) ? En se soumettant à Satan en Eden, l'homme n'aurait-il pas simplement changé de maître ? N'est-ce pas là notre "héritage" du péché ?

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  6. Salut Jonathan,
    Type, antitype. Le corps semé corruptible (non pas corrompu, mais dans la sphère du corruptible, gr. en phthora) il ressuscite incorruptible. Il est tentant de spéculer sur l'ontologie des corps, mais le but est de représenter 2 réalités opposés.

    Dans ce passage, le corps n'est pas mauvais (ainsi que partout dans la Bible). v.38: "à chaque semence, il donne un corps qui lui est propre". Le corps est une semence. Comme toute semence, il doit mourir, v.37 (N.B. à cause de cela, je ne crois pas qu'Adam fut jamais créé immortel). Les corps terrestres n'ont pas la gloire des corps célestes (v.40). "Ce n'est pas le spirituel qui est premier, c'est le naturel" (v.47-48). Il est ainsi semé périssable, méprisable et faible à comparer de la gloire des corps spirituels. Rien ne nous pousse à spéculer sur une corruption de nature; réfléchir réalistement sur la nature eschatologique de l'homme, en genèse de création, serait plus conforme au contexte.

    On voit le même parallélisme antithétique plus loin.
    "Le PREMIER homme, Adam... Le DERNIER Adam" (v.45) Le premier, le dernier. Le nom "Adam" n'est pas pris ici comme un nom propre. Il est pris au sens collectif. Représentant de l'humanité naturelle. Christ y est vu comme "dernier Adam", non pas au sens propre (Christ appelé "Adam", le dernier) mais comme humanité eschatologique (dernière)et spirituelle.

    Quand à Romains 2, je n'ai pas dit que l'obéissance est le moyen de justification des païens et des juifs. Certes, sans obéissance il n'y a pas de justification. Parce que sans obéissance, il n'y a pas de foi. La foi seule sauve, vrai, mais la foi ne peut être séparé de l'obéissance qui en est l'expression. Le principe de justification, donc, dans tous les cas (païens, juifs, chrétiens) resterait la foi, mais l'expression de cette foi (l'obéissance) serait soit envers la loi naturelle (pour les païens), l'ancienne alliance (pour les juifs de l'AT) et la nouvelle en J-C pour le chrétien.

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    1. Pour ne parler que de la partie sur 1CO15,

      je suis entièrement d'accord avec la réponse de Bruno, ce qui m'achoppe un peu c'est plutôt la fin du passage :
      "55 O mort, où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ?
      56 L'aiguillon de la mort, c'est le péché ; et la puissance du péché, c'est la loi"


      la mort est liée ici au péché, c'est du reste un des arguments favoris des créationnistes fondamentalistes.
      On s'en sort comment ?

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    2. Salut Bruno,

      Désolé, j'arrive après un peu après la bataille. J'étais occupé et je n'ai pas eu le temps de venir sur le blog.

      À propos de Romains 2 :

      Donc si j'ai bien saisi, l'obéissance des païens est donc l'expression de leur foi envers la loi naturelle ?

      Je ne vois pas vraiment comment concilier tout ça avec le reste du NT. Même les juifs sous la loi n'ayant pas connu Christ son justifiés, non par leur foi en la Loi donnée par Dieu, mais par leur foi en la personne de Dieu lui-même. La nuance me semble capitale.

      Selon moi, ta conception revient à dire que païens et juifs(et chrétiens) sont donc justifiés selon deux paradigmes totalements distincts. L'objet de leur foi n'est plus Dieu lui-même mais la foi en une révélation générale.

      (tout ça présuppose d'ailleurs une lecture quasi-sotériologique de Ro 2:11-29 et nullement hypothétique)


      Au sujet de 1 Cor 15 :

      Paradoxalement je suis d'accord avec ce que tu écris, c'est d'abord un parallélisme antithétique et pas une appréciation précise de la nature humaine, c'est assez clair dans le contexte et dans le flot du texte.

      Mais j'ai tout de même le sentiment que cette quasi-obsession de l'idée de "corps mauvais" et toutes tes présuppositions sur la nature humaine dirigent tes choix d'interprétations, ton exégèse et ton épistémologie (tout comme les partisans du péché originel biologique finalement). En définitive, tu ne fais que choisir parmi les interprétations celle qui supportera le mieux ta position, comme Marc l'a fait remarqué à propos d'Eph 2.

      Je pense que tu mets volontairement l'accent sur un seul aspect du passage et déclare le reste comme hors de propos, et celà sans bonne raison exégétique. Si j'ai rappelé que ces versets encadraient le passage que tu avais précédemment cité, ce n'était pas tant pour dire que l'homme est corrompu, c'était d'abord parce que je trouvais un peu facile de citer 2 versets isolés semblant appuyer ta conception tout en omettant le reste du passage, qui est plutôt à priori un passage à problème pour ta position, surtout si l'on considère les versets 55 et 56 apparraissant comme conclusion logique (je ne me prononcerais pas sur leur signification).

      Je ne vais pas me prononcer sur ce "phthorá" puisque je ne suis pas un expert grec et je n'y connais rien. Ceci étant dit, il me semble que l'ensemble pointe davantage vers quelque chose d'intrinsèque (mais je me trompe peut-être) :

      - le parallèle direct entre "chair et sang" et "corruption" au verset 50
      - la conclusion des versets 54 à 56
      - "méprisable"..
      - "infirme"..

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    3. Salut Marc!
      J'aime beaucoup tes commentaires et je vais essayer d'y répondre.

      Premièrement tu ne sembles pas avoir répondu à un point que j'ai soulevé:
      Quand Paul dit: "par nature nous étions enfants de colère", de quelle nature s'agit-il ? D'une nature biologique ? Veut-il dire que dès la naissance, chaque bébé est un enfant de colère et que Dieu est en colère contre sa nature, ou contre celle de sa race ?


      Renvoyant à Ge 1.31, Ecc 3.10 dit: "Dieu a fait chaque chose belle en son temps". Ainsi, l'homme ne serait pas né parfait au sens moral du premier coup. Il est né parfait au sens ontologique. Comment l'humanité serait-elle d'ailleurs passée d'une nature parfaite à une nature déchu en désobéissant à UN seul commandement ?!!!! Qu'est-ce qui, physiquement, aurait été altéré, à la seconde où il a croqué la pomme ? C'est ce que j'analyse dans ce blog sur la liberté

      Je dis seulement que l'homme est semé naturel, terrestre. Sans spéculer, cela ne semble rien de "mauvais" au sens ontologique, c'est-à-dire de son être en soi. Cet être terrestre est créé "en forme des Elohims" (Ge 1.27).L'humain a reçu la pensé de l'éternité (Ecc 3.10), une conscience, qui arbitre la loi inscrite au fond de son coeur (Rm 2.14). Dieu lui offre une révélation générale qu'il peut discerner avec ses yeux (Rm 1.19). Ceci dit, tous sont pécheurs.

      Si sa nature est "mauvaise", selon quel principe serait-il passé d'une nature sainte (qui, en passant, ne correspond pas à une conception "naturelle" de l'homme et ne cadre pas non plus avec les théories scientifiques à l'intérieur duquel nous travaillons) à une nature "corrompue", étant entendu que le péché n'a pas d'essence ? J'ai analysé cette question dans plusieurs blogs. Je t'invite à en relire quelques uns, à moins que je ne suis pas assez clair!)

      Tout le propos de BBB est de dire ceci: le genre narratif n'est pas assez pris en compte dans l'interprétation de Ge 3. Il n'y a jamais eu de nature primitive, "normale", sainte. Monod ne connaissait rien de la science ! Il interprétait Genèse comme Augustin interprétait Genèse; son herméneutique datait du 4e siècle.

      Ce qu'il te manque dans l'équation, c'est ma compréhension du péché que je dois expliquer bientôt.


      Disons pour finir sur une note positive qu'on s'entend sur beaucoup de points !
      Que tous les hommes sont pécheurs
      que l'état naturel (de naissance) est l'état d'inconverti
      Que l'homme naturel ne peut hériter l'incorruptibilité
      que les comportements révèle l'état du coeur et sont l'expression de la foi
      que la conscience humaine témoigne que la loi de Dieu est inscrite
      dans le coeur des hommes (ils sont donc inexcusables...)

      Mais, je n'adhère plus à cette idée désuète que l'homme post-Adam naît dans une nature déchue différente de la nature primitive et "normale". C'est un mythe gnostique ! Rien avoir vec la Bible et les théories scientifiques sur l'homme selon les meilleurs exégètes catholiques et protestants !

      J'esserai encore, parce que c'est le propos de BBB, de montrer comment les sciences exégétiques et herméneutiques peuvent aider à comprendre les récits de la création. Comment la Bible ne s'oppose pas nécessairement à la théorie évolutionniste. Et comment il faut reformuler certaines croyances quasi-gnostiques de certaine confession de foi, notamment sur le point de la corruption de la "nature" humaine.

      L'homme devient pécheur par son agir bien sûr. Par le choix de l'autonomie. L'homme naît séparé de Dieu, mais cela n'est pas une condamnation automatique, plutôt qu'une réalité de l'existence humaine semé terrestre, invité qu'il est à devenir participant de la nature divine. Il est appelé à choisir son essence, soutenu par la grâce divine bien sûr

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    4. Bonjour Bruno et merci pour tes réponses et ta patience à notre égard…

      Je réponds à ta question : "Quand Paul dit: "par nature nous étions enfants de colère", de quelle nature s'agit-il ? D'une nature biologique ? Veut-il dire que dès la naissance, chaque bébé est un enfant de colère et que Dieu est en colère contre sa nature, ou contre celle de sa race ?"

      => Intuitivement, j'aurais répondu : nature humaine, notre être tout entier , nos dimensions biologiques et immatérielles. (notre coeur subissant la déchéance de la chair). Notre cœur et esprit en quelque sorte selon le passage d'Ezékiel 36:26 "Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair."

      Après avoir creusé la question, je dirais : enfant de colère vis-à-vis de sa race et non seulement juive mais également païenne puisque que le passage fait bien mention des nations également, c’est-à-dire de l'homme dans son comportement.
      Là je rapprocherais plus le contexte d'Ephésiens à la proclamation de Pierre : 1Pi1:18 : "…vous avez été rachetés de la vaine manière de vivre que vous aviez héritée de vos pères"

      Il faudra néanmoins trouver la pensée réconciliant les 2 passages, SI notre comportement nous mène forcément à notre perte, nous avons besoin de crucifier la chair et de devenir une nouvelle création. Ce que nous produisons de nous-mêmes ne saurait-être agréé de Dieu (voir l'offrande de Caïn).

      Je te cite à nouveau :
      "Ce qu'il te manque dans l'équation, c'est ma compréhension du péché que je dois expliquer bientôt."
      => Oui, je trépigne d'impatience !..

      plus loin :
      "Disons pour finir sur une note positive qu'on s'entend sur beaucoup de points !
      => C'est bien ce qui me fait peur :-)
      Plaisanterie mise à part, je partage ton analyse, la frontière n'est pas si épaisse. Nous ne t'avons pas trop laissé le temps de terminer ta démonstration, mais le danger de disculper l'humanité et de sous-entendre que l'homme pourrait éviter le péché semble écarté de l'argumentaire.

      Clairement, cet état de neutralité que tu présentes me choque un peu (semble contradictoire avec cette Parole de Jésus par ex : "celui qui n'est pas pour moi est contre moi").
      Mais je partage néanmoins depuis fort longtemps l'idée
      - qu'Adam était en devenir est créé non parfait,
      - qu'il y avait un plan originel de maturité débouchant sur une union Parfaite en Christ avec Dieu,
      - Que la mort physique existait déjà dans la création avant la désobéissance d'Adam
      - qui n'a du reste pas été créé éternel (au sens physique du terme).
      - Que DIeu avait en vue une nouvelle création après celle-ci qui n'est que temporaire et cela même si l'homme n'avait pas cédé au péché.

      => L'objectif que tu affiches de ton blog m'amène à te confirmer que je suis bien à la bonne adresse !... Je n'ai pas l'air d'être le seul au vu des autres commentaires.

      A bientôt donc.

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  7. Lire: "Christ y est vu comme dernier Adam, non pas SEULEMENT au sens propre...".
    De toute façon, je vais raffiner ma pensée là-dessus. J'aime bien vos commentaires, mais va faloir que j'écrire mon blog sur Adam, l'anthropologie et le péché pour clarifier tout ça.
    C'est un avant-goût. C'est sûr que c'est sommaire, mais je ne peux pas écrire un article dans l'espace réservé aux commentaires !

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